Il y a des investisseurs qui parlent de bourse. Et il y a ceux qui, en silence, accumulent patiemment, réinvestissent leurs dividendes, résistent à la panique lors des baisses — et regardent leur capital croître. Kofi fait partie de la seconde catégorie.
Ingénieur en télécommunications à Abidjan, 38 ans, il a commencé à investir à la BRVM en 2019 avec une épargne de 500 000 FCFA. Cinq ans plus tard, son portefeuille dépasse 2,7 millions de FCFA — soit une multiplication par 5,4 sans jamais avoir pris de risque inconsidéré.
Nous l'avons rencontré. Il a accepté de partager sa méthode, ses erreurs et ses conseils. Voici son portrait.
Kofi K.
Investisseur BRVM depuis 2019Ingénieur télécoms · Abidjan, Côte d'Ivoire · Profil : Rentier patient
Comment tout a commencé
Kofi ne vient pas d'un milieu financier. Ses parents n'avaient pas de compte-titres, et le mot "dividende" lui était inconnu jusqu'en 2018.
C'est un collègue de bureau qui lui a parlé de la BRVM pour la première fois."Il m'a dit qu'il touchait un chèque chaque année juste parce qu'il avait acheté des actions. J'ai cru qu'il plaisantait."
Il a passé six mois à lire avant d'investir son premier franc. Il a lu les rapports annuels des sociétés, compris ce qu'est un bilan SYSCOHADA, appris à calculer un PER. En janvier 2019, il a ouvert un compte titres via une SGI à Abidjan.
“Je me suis promis de ne jamais investir dans quelque chose que je ne comprends pas. Ça m'a sauvé de plusieurs mauvaises décisions.”
Sa trajectoire en 5 étapes
Kofi investit 500 000 FCFA en deux fois. Il choisit Sonatel (SNTS) pour sa solidité et sa politique de dividendes généreuse, et BOA Côte d'Ivoire (BOAC) parce que son PBR était inférieur à 1 — "j'achetais 1 000 FCFA d'actifs pour 800 FCFA."
Les marchés plongent. Plusieurs de ses amis soldent leurs positions. Kofi, lui, a renforcé BOAC à la baisse avec son épargne mensuelle. "Les dividendes continuaient à tomber. Pourquoi vendre ?"
Il achète TotalEnergies CI (TTLC) en fin d'année. Il n'a pas vérifié que le DPA avait baissé deux années de suite — signe d'alerte que les fondamentaux se dégradaient. Il vendra avec une perte de 18% en 2022.
Fort de cette leçon, Kofi formalise ses règles d'investissement. Il se concentre sur 4 titres maximum, révise son portefeuille chaque trimestre avec les rapports annuels, et ne se décide jamais sur un seul indicateur.
Son portefeuille dépasse 2 millions FCFA. Il n'a effectué que 12 transactions en 5 ans. Les dividendes réinvestis représentent 40% de sa progression totale.
Ses 5 règles d'or
Au fil des années, Kofi a formalisé une liste de règles qu'il ne transgresse jamais. Il les a affichées sur le mur de son bureau.
BNA croissant ≥ 3 ans
Je n'achète que si le bénéfice par action a augmenté au moins 3 années de suite. Une exception possible si la baisse est temporaire et explicable.
PER < 12 à l'achat
Je ne paye jamais plus de 12 fois les bénéfices. Sauf pour des franchises exceptionnelles comme Sonatel — là j'accepte jusqu'à 15.
DPA stable ou en hausse
Si le dividende baisse deux années de suite, je vends. C'est mon signal d'alarme le plus important — c'est ce que j'ai raté avec TTLC.
Jamais plus de 5 titres
La diversification excessive est l'ennemi de la performance. Je préfère bien connaître 4 sociétés que mal en suivre 20.
Révision trimestrielle uniquement
Je ne regarde pas les cours tous les jours. Je lis les rapports annuels et trimestriels. C'est tout. Les fluctuations quotidiennes sont du bruit.
Son portefeuille actuel
Kofi ne souhaite pas dévoiler les montants exacts, mais il accepte de partager la composition en pourcentage de son portefeuille au moment de notre entretien.
| Titre | Secteur | Poids | Raison principale |
|---|---|---|---|
| SNTS | Télécoms | 40% | Dividende régulier, croissance BNA, quasi-monopole |
| BOAC | Banque | 25% | PBR < 1 à l'achat, RBE solide, dividendes réinvestis |
| SGBC | Banque | 20% | Solidité bilantielle, exposition régionale UEMOA |
| ORAC | Télécoms | 15% | Position défensive, rendement dividende élevé |
Note :Ces allocations reflètent la situation de Kofi à la date de l'entretien et ne constituent pas une recommandation d'achat.
Son pire investissement — et la leçon
Kofi est direct sur son erreur avec TTLC. Il l'appelle “ma leçon à 18%”.
En 2021, il a été attiré par le nom prestigieux de TotalEnergies et par un cours qui lui semblait bas après une correction. Il a acheté sans vérifier rigoureusement les fondamentaux. Le DPA avait déjà baissé en 2020. Le BNA stagnait. Il n'a pas regardé ces signaux.
“J'ai fait exactement ce que je conseille de ne pas faire : j'ai suivi mon instinct au lieu de mes règles. Depuis, je me force à écrire mes raisons d'achat dans un carnet avant d'appuyer sur le bouton. Si je ne peux pas expliquer en 3 lignes pourquoi j'achète, je n'achète pas.”
Ses conseils pour les débutants
Lisez avant d'investir
Passez 3 mois à lire des rapports annuels avant d'acheter votre première action. Ce n'est pas du temps perdu — c'est votre formation gratuite.
Commencez petit
Votre premier investissement est une école. Commencez avec une somme que vous pouvez perdre sans stress. La pression financière détruit la discipline.
Apprenez à vous ennuyer
Le secret de la BRVM, c'est la patience. Les meilleures décisions que j'ai prises, c'est de ne rien faire pendant les crises.
Regardez les fondamentaux, pas les cours
Le cours bouge chaque jour. Les fondamentaux bougent chaque année. Concentrez-vous sur ce qui change lentement.
Réinvestissez vos dividendes
C'est la règle la plus ennuyeuse et la plus puissante. 40% de ma croissance vient du réinvestissement. Les intérêts composés, ça marche vraiment.
Comment il suit ses investissements
Jusqu'en 2024, Kofi gérait tout manuellement dans un tableur Excel. Il recalculait le BNA, le PER, la VCA à la main à partir des PDF des rapports annuels.“Je passais 2 heures chaque trimestre à mettre à jour mes données.”
Aujourd'hui, il utilise BRVM Analyser pour suivre les 47 titres en temps réel, comparer le PER avec les moyennes sectorielles, et recevoir des alertes quand le cours d'un de ses titres atteint son objectif d'achat.
“Ce n'est pas l'outil qui m'a rendu meilleur investisseur. C'est la discipline. Mais l'outil m'économise du temps — et du temps épargné, c'est du temps pour lire plus.”
Le mot de la fin
Kofi n'est pas millionnaire. Il n'a pas découvert une technique secrète. Il a simplement décidé d'appliquer des principes simples avec une rigueur rare.
Sa plus grande fierté ? En 2024, il a pu offrir à ses parents un voyage avec ses dividendes de l'année — sans toucher à son capital.
“La BRVM, c'est un marathon, pas un sprint. Beaucoup de gens cherchent le 10-bagger en 6 mois. Moi, je cherche le ×5 en 10 ans. C'est moins excitant à raconter — mais ça marche.”
Note de la rédaction : Les chiffres présentés dans ce portrait ont été fournis par l'investisseur et n'ont pas été vérifiés de manière indépendante. Ce portrait est fourni à titre informatif et éducatif. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
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